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Maki et non mixité

Il y a moins de deux ans, je trouvais que la non-mixité (entre femmes, entre personnes racisées, entre trans, entre personnes opprimées en général) était une connerie. J’étais persuadée qu’il s’agissait d’une insulte faite à l’intelligence de chacun-e, et qu’on était tou-te-s capable de se réunir collectivement sans exclure qui que ce soit, sauf comportement ouvertement agressif. J’étais persuadée que la volonté de vivre ensemble gagne toujours, et que de toutes façons, à une réunion sur la condition des femmes noires en France, il y avait quand même des chances qu’il y ait une assez large majorité de femmes noires dans l’assemblée, et donc que les blanc-he-s et les hommes noirs présents ne soient pas un problème.

J’avais tort, et je vais essayer de t’expliquer pourquoi. Et je vais essayer de le faire rapidement. J’ai pas changé d’avis fondamentalement en fait. Je pense toujours que la mixité est importante, que le vivre ensemble est le but ultime, et qu’il faut s’organiser collectivement sans exclure qui que ce soit : ça, c’est l’idéal. Un monde où les hommes accordent du crédit à la parole des femmes. Un monde où les blanc-he-s se taisent quand une personne noire parle. Un monde où une personne valide n’explique pas à un handicapé à quel point Paris est accessible. Un monde où la parole des concernées, leurs témoignages sur l’oppression qu’ils et elles vivent est écouté.

Bon, en fait, notre monde n’est pas comme ça. La parole des personnes qui subissent des oppressions systémiques (racisme, sexisme, homophobie…) est constamment minimisée. Quand on subit une oppression systémique, on passe pas mal de temps à la révéler à celleux qui ne la subissent pas. Par exemple, sur le harcèlement de rue : quand les femmes et identifié-e-s femmes ont arrêté de trouver cela normal et qu’elle ont commencé à en parler, leurs partenaires, leurs amis, leurs proches masculins ont juste halluciné. Ils n’avaient tout simplement pas conscience que cela arrivait tous les jours, plusieurs fois par jour, à toutes leurs copines.

Pourquoi les meufs ont commencé à parler du harcèlement de rue publiquement ?
Parce qu’elles en ont parlé entre elles, en fait. Parce qu’elles se sont organisées collectivement.

J’ai assisté à une réunion non-mixte l’an dernier, alors que j’avais encore des réticences, à Nuit Debout. Tout d’abord, j’ai pu constater à quel point cette décision était vécue comme une violence par les hommes qui était exclus de la réunion. Le cercle a été insulté, interrompu, agressé à de nombreuses reprises. Les réunions non-mixtes posent problème, l’idée, en gros, serait qu’on ne combat pas l’exclusion par l’exclusion.

Et comme je le disais plus haut, je suis d’accord avec ça. Théoriquement.

Sauf qu’en fait, une réunion mixte n’a rien à voir avec une réunion non-mixte. Je vous jure, c’est juste ouf. En fait, les femmes (le groupe social femme) ont l’habitude qu’on leur coupe la parole. Elles ont l’habitude de devoir penser à la façon dont elles se tiennent, dont elles parlent, dont elles s’habillent, quand elles sont en présence d’hommes (le groupe social hommes). Les femmes n’ont pas l’habitude de s’exprimer en public. Leur pensée est en moyenne moins structurée, moins percutante que celle d’un homme, parce qu’elles n’ont pas été formées à la rhétorique, à l’action, à l’initiative. Alors, en assemblée mixte, elles se taisent. Alors, en assemblée mixte, même si elles sont plus nombreuses, elles s’expriment moins à la tribune que les garçons.

Les femmes se font violer, dans l’immense majorité des cas, par des hommes. Ces hommes, dans l’immense majorité des cas, ne sont pas un sombre passant dans une sombre ruelle. Dans l’immense majorité des cas, leur agresseur est un ami. Un conjoint. Un ex. Un parent. Un collège. Elles le connaissent, elles le croisent dans la rue, elles le voient au repas de famille, au séminaire de l’entreprise. Ces hommes font partie de leur vie. Alors, c’est pas facile de parler librement en leur présence.

Je ne crois pas que les réunions non-mixtes soient la meilleure solution. Par contre, je suis convaincue que c’est la moins pire dans la situation actuelle. Je ne crierai pas « TRIOMPHE NOUS SOMMES ENTRE NOUS », mais, au contraire « fais chier qu’on en soit encore là ». Je souhaite qu’elles disparaissent, vraiment. Et elles disparaîtront. Il faudra juste détruire le patriarcat, le néocolonialisme et le fascisme avant. Alors, on s’y met ? 🙂

Ah oui, sinon, une recette de maki 🙂


Ingrédients  pour 3 personnes :

  • du riz rond
  • des feuilles de nori
  • du vinaigre de riz et du mirin
  • de la sauce soja
  • du gingembre
  • des graines de sésame
  • des crudités
  • une natte de bambou pour rouler si tu veux te la jouer

Tu auras remarqué qu’il n’y a pas de proportions. Y’en a ici.
Les maki, c’est le truc simple quand t’as la flemme, et en plus c’est joli.
Tu fais cuire du riz (rince le avant, genre trois ou quatre fois, ça enlève l’amidon et les impuretés il sera meilleur) dans un cuiseur. Si t’as pas de cuiseur, tu fous le riz dans 2,5 fois son volume en haut, sur feu fort. Tu attends que ça bout, et quand ça bout, tu baisses le feu et tu couvres jusqu’à la fin de la cuisson.
Ensuite, tu laisses le riz refroidir et tu verses dessus le mélange vinaigre/mirin.

Après, tu dresses. Prends toi un petit bol d’eau pour pas que le riz colle à tes doigts
Alors soit tu fais ça à l’arrache, tu mets le riz sur la feuille de nori, tu fous des crudités, tu refermes, tu manges.
C’est bon.

Si tu veux faire joli, voici un petit tuto

Voilà.
Pour la petite sauce, j’aime bien mettre un peu de gingembre pour relever un peu. Tu peux aussi rajouter du piment, du citron vert, du wasabi…

Du matos pour ta réflexion
Un article d’Emma sur la non-mixité
Une vidéo d’arrêt sur images avec Audrey Pulvar et Christine Delphy

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